La mauvaise foi est l'auto-illusion par laquelle l'être humain nie sa liberté absolue et sa responsabilité pour se conforter dans un déterminisme illusoire. Contrairement au mensonge qui trompe autrui, la mauvaise foi se ment à soi-même : elle est un « mensonge à soi » où le menteur et le trompé sont la même personne. Pour Sartre, la mauvaise foi cherche à fuir l'angoisse de notre liberté en se réduisant à un objet, un rôle, une essence. Elle consiste à s'identifier à ses déterminations (je suis « comme ça », je ne peux pas faire autrement) tout en sachant intimement que nous sommes libres. La mauvaise foi est une structure du « pour-soi » : c'est la tentative contradictoire de se faire « en-soi », c'est-à-dire d'être une chose fixe et déterminée, sans liberté ni responsabilité. Cette tentative est vouée à l'échec car la conscience ne peut jamais se réduire totalement à chose, mais elle structure néanmoins l'existence inauthentique.
En droit romain, la mauvaise foi est la tromperie, la dissimulation. En philosophie sartrienne, c'est l'auto-tromperie sur sa propre condition
Analyse systématique de la mauvaise foi comme structure du pour-soi dans L'Être et le Néant (1943). Sartre développe le concept comme « mensonge à soi » et analyse ses mécanismes (dénégation, identification à l'en-soi).
Développement du concept de mauvaise foi dans Pour une morale de l'ambiguïté (1947). Beauvoir souligne que l'authenticité est refus des excuses et des justifications.
Critique de la notion de mauvaise foi dans Phénoménologie de la perception (1945). Merleau-Ponty analyse l'ambiguïté de la perception et conteste l'analyse sartrienne de la conscience.
Critique de l'auto-illusion dans Caligula (1944) et Le Mythe de Sisyphe (1942). Camus analyse la mauvaise foi comme refus de l'absurde.
Le « On » (das Man) comme structure de l'inauthenticité dans Être et Temps (1927). Heidegger analyse la vie quotidienne comme fuite devant l'angoisse.
Le garçon de café : Sartre décrit un serveur qui joue son rôle avec une application excessive. Il se réduit à être « garçon de café » comme si c'était sa nature, pour fuir la liberté d'être autre chose. La mauvaise foi est cette identification à un rôle.
La femme sur un rendez-vous : Elle sait que l'homme la désire comme liberté, mais elle décide de ne voir en lui qu'un « respectueux admirateur » comme si son désir était une qualité figée. Elle nie la liberté d'autrui pour fuir sa propre liberté de choix.
Le « je ne peux pas » : Celui qui dit « je ne peux pas » quand il pourrait mais ne veut pas. La mauvaise foi transforme « je ne veux pas » (liberté) en « je ne peux pas » (détermination) pour fuir la responsabilité.
L'antisémite selon Sartre : L'antisémite est de mauvaise foi car il veut être « une chose parmi les choses », il refuse la liberté en lui et chez les autres. Il choisit la passion (haine) comme détermination pour ne pas avoir à choisir et juger.
Le « c'est plus fort que moi » : L'alcoolique qui déclare « je ne peux pas arrêter, c'est plus fort que moi » est de mauvaise foi car il nie sa liberté d'arrêter. Il préfère s'identifier à sa dépendance comme essence que de reconnaître sa liberté de changer.