hypokeimenon (ὑποκείμενον)
Le sujet est l'instance pensante, consciente et agissante, le centre de la subjectivité. La philosophie moderne (de Descartes à Kant) fait du sujet le fondement de toute connaissance et de toute action : le sujet cartésien (« je pense »), le sujet transcendantal kantien (condition de possibilité de l'expérience), le sujet hégélien (Esprit absolu se réalisant dans l'histoire). Le XXe siècle critique cette « centralité du sujet » : pour Heidegger, le sujet est une métaphysique de la subjectivité à dépasser ; pour Foucault, le sujet est construit par des pratiques de pouvoir ; pour Althusser, le sujet est « interpellé » par l'idéologie ; pour Derrida, le sujet est déconstruit. La question du sujet traverse la philosophie : qui pense ? qui agit ? qui est responsable ?
En grammaire, le sujet est ce dont on parle ; en philosophie, le sujet est le fondement, ce qui soutient
Fondation de la philosophie moderne sur le sujet pensant (cogito)
Sujet transcendantal comme condition de possibilité de l'expérience
Sujet comme Esprit absolu se réalisant dans l'histoire
Critique de la métaphysique de la subjectivité
Sujet comme produit de pratiques de pouvoir et de savoir
Décentrement du sujet par l'inconscient
Sujet barré ($) et inconscient structuré comme langage
Sujet comme liberté et projet existentiel
Sujet incarné, corps propre comme sujet
Sujet genré comme performatif, critique du sujet universel
Le doute de Descartes : En doutant de tout (mon corps, le monde, les mathématiques), Descartes découvre qu'il ne peut douter qu'il doute. Ce « je pense qui doute » devient le sujet indubitable, fondement absolu. Le sujet cartésien est substance pensante, transparente à soi, centre de la connaissance.
Le patient psychanalytique : Le patient qui parle associe librement et dit des choses qu'il ne savait pas. Freud découvre que son « je » conscient est divisé, qu'il est traversé par des désirs inconscients. Le sujet psychanalytique est sujet du désir, divisé entre conscient et inconscient.
L'élève interpellé : Quand l'instituteur crie « Élève 25, réponds! », l'enfant se lève et répond. Althusser montre que l'idéologie interpelle l'individu comme « élève », et que l'enfant accepte cette identité. Le sujet n'est pas donné mais constitué par l'interpellation.
Le prisonnier panoptique : Le prisonnier qui se sait surveillé se comporte comme s'il était observé en permanence. Foucault montre que la discipline produit des « corps dociles » : le sujet devient son propre surveillant. L'intériorité est le résultat d'un processus d'assujettissement.
Le locuteur qui dit « je » : Quand je dis « je suis fatigué », le « je » est à la fois sujet de l'énonciation (celui qui parle maintenant) et sujet de l'énoncé (celui dont on dit qu'il est fatigué). Benveniste distingue ces deux sujets pour analyser la subjectivité dans le langage.
Le sujet genré : La femme qui se maquille, porte une robe, adopte des manières « féminines » ne fait pas qu'exprimer une identité préexistante. Selon Butler, elle performe son genre, contribuant à le produire et le reproduire. Le sujet femme n'est pas donné mais produit par la répétition de normes.
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