Date de naissance estimée
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Date de décès estimée
La volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique ; mais il ne s'ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours : le peuple ne peut être corrompu, mais il est souvent trompé.
Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.
La souveraineté ne peut être représentée, pour la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n'y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont ni peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires.
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne.
Ce n'est point la raison qui nous apprend à vouloir, c'est le cœur ; et c'est en vain que l'on voudrait substituer les raisonnements à l'amour de la bienfaisance, à la pitié naturelle, à la commisération. [...] La raison nous laisse libres, le sentiment nous assujettit. [...] L'humanité a pitié de son semblable, c'est le premier sentiment moral qui, tenant la place de toutes les lois sociales, produit toutes les vertus.
Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C'est alors seulement que, la voix du devoir succédant à l'impulsion physique et le droit à l'appétit, l'homme, qui jusque-là n'avait regardé que lui-même, se voit forcé d'agir sur d'autres principes et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants.
Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme.
Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort, droit pris ironiquement en effet, et qui paraît être établi par la nature même. [...] > Force ne fait pas droit. [...] Obéir par force est une nécessité, non une volonté ; c'est un acte de prudence, non de devoir. En quel sens pourra-ce être un devoir ? > S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir ; et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout.
L'éducation de l'homme commence à sa naissance, et avant qu'il pût parler et comprendre, il déjà déjà reçu des leçons. L'expérience précède l'instruction ; [...] l'enfant doit apprendre par les choses, non par les paroles d'autrui. [...] Ne faites pas du bon élève un bon parleur, mais un bon observateur et un bon penseur.