Date de naissance estimée
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Date de décès estimée
Enfin, il n'y a dans le domaine de la religion, comme dans tous les autres domaines, qu'une seule règle qui ne soit pas sujette à controverse : ce que le souverain commande comme étant de droit divin, nul sujet ne peut le contester sans péché. [...] Car la foi et la religion ne consistent pas dans des opinions publiques, mais dans les dispositions secrètes du cœur.
La liberté des sujets ne réside que dans ces choses que le souverain a omis de régler, soit dans ses lois, soit par des déclarations expresses. [...] En effet, là où la loi se tait, les sujets ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur suggère comme le plus avantageux pour eux.
Quiconque donc porte la personne du peuple, c'est-à-dire, du souverain, est coupable de crime envers ses propres sujets, s'il leur ôte leurs biens sans leur consentement ; car il n'a plus de droit de guerre sur eux, puisqu'ils sont ses propres sujets, et qu'il a le pouvoir de les juger. [...] Il n'y a point de crime imaginable qui ne soit défendu par les lois de nature, ni aucune action qui ne puisse être innocente.
La seule façon de bâtir un tel pouvoir commun, apte à les défendre contre l'ennemi étranger et les uns contre les autres, est de confier tout leur pouvoir et toute leur force à un seul homme, ou à une seule assemblée d'hommes, qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la majorité des voix, à une seule volonté. [...] Celui-ci porte la PERSONNE de l'État, et possède le pouvoir souverain.
Je transfère et abandonne à cet homme ou assemblée d'hommes, mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui transfères et abandonnes ton droit, et autorises toutes ses actions de la même manière. Cela fait, la multitude ainsi unie en une seule personne est appelée ÉTAT, en latin CIVITAS. C'est la génération de ce grand LÉVIATHAN.
Une loi de nature, lex naturalis, est une règle générale, trouvée par la raison, par laquelle il est interdit à chacun de faire ce qui peut détruire sa vie, ou lui ôter les moyens de la préserver. [...] La première et fondamentale loi de nature, qui est de se trouver en paix quand on y peut, et de se défendre quand on ne le peut pas.
Le droit de nature, que les auteurs appellent généralement jus naturale, est la liberté qu'a chacun d'user de son propre pouvoir, comme il le veut lui-même, pour la préservation de sa propre nature ; c'est-à-dire, de sa propre vie ; et par conséquent, de faire tout ce qu'il considérera, selon son propre jugement et sa propre raison, comme le moyen le plus apte à cette fin.
Dans cette condition de guerre de chacun contre chacun, il n'y a rien que la seule crainte, et les dangers de guerre violente, puisse nous aider à garder nos biens ; et par conséquent, l'industrie n'a point de lieu. [...] La vie dans cet état est solitaire, pauvre, sale, bestiale et brève.
Durant le temps où les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. [...] La nature a fait les hommes à peu près égaux, quant aux facultés du corps et de l'esprit. [...] De là, il arrive que, quand un homme prétend à une chose, il ne peut pas s'attendre à la conserver autrement qu'en usant de force et de ruse contre tous les autres.
Dans un tel état [d'état de nature], il n'y a pas de place pour l'industrie, parce que le fruit en est incertain ; et par conséquent point d'agriculture, ni de navigation, ni d'usage des marchandises qui peuvent être importées par mer ; point de constructions commodes, point d'instruments pour remuer et enlever les choses qui ont besoin de beaucoup de force ; point de connaissance de la face de la terre ; point de compte du temps ; point d'arts ; point de lettres ; point de société ; et ce qui est le pire de tout, une crainte continuelle, et un danger de mort violente.