heteros (ἕτερος)
Autrui désigne l'autre personne considérée non comme objet mais comme sujet, comme conscience qui me regarde et me constitue comme objet à son tour. Ce concept est central dans la phénoménologie (Husserl, Scheler) et l'existentialisme (Sartre, Levinas, Merleau-Ponty). Pour Sartre dans L'Être et le Néant, le regard d'autrui m'objective : je deviens un objet pour un sujet, je suis « vu » par autrui qui me vole mon monde. Cette expérience est fondamentalement conflictuelle : « l'enfer, c'est les autres » car chaque conscience cherche à assumer sa liberté while niant celle de l'autre. Pour Levinas dans Totalité et Infini, autrui est avant tout visage qui me convoque à la responsabilité éthique. Le visage d'autrui me dit « tu ne tueras point » et m'assigne à une responsabilité infinie que je n'ai pas choisie. Autrui n'est pas un objet de connaissance mais le lieu de l'éthique.
Autrui vient de « alter huic » : « un autre pour ceci », « un autre à côté de moi ». Autrui n'est pas n'importe quel autre, mais l'autre en relation avec moi.
Analyse du regard d'autrui comme objectivation dans L'Être et le Néant (1943). Le regard me vole mon monde et me réduit à objet.
Autrui comme visage éthique dans Totalité et Infini (1961). Le visage me convoque à une responsabilité infinie.
La relation à autrui comme « intercorporéité » dans Phénoménologie de la perception (1945). Autrui comme « autre corps propre ».
L'expérience d'autrui comme « appresentation » dans les Méditations cartésiennes (1931). Autrui comme « alter ego ».
La relation « Je-Tu » dans Je et Tu (1923). Autrui comme sujet de relation dialogale.
La sympathie comme expérience immédiate d'autrui dans Nature et formes de la sympathie (1913).
Le keyhole chez Sartre : Sartre décrit un homme qui épie à travers la serrure, fasciné par ce qu'il voit. Soudain, il entend des pas dans le couloir : quelqu'un le regarde. Dans cet instant, il est « vu », il devient objet pour un sujet. Son monde lui est volé, il est réduit à ce que l'autre voit de lui : un voyeur honteux.
Le visage du pauvre chez Levinas : Le visage de l'autre - surtout du pauvre, de la veuve, de l'orphelin - m'apparait comme commande éthique. Dans le visage, je lis « tu ne tueras point ». Cette parole n'est pas information mais injonction, assignation à une responsabilité que je n'ai pas choisie.
L'enfant blessé : Quand je vois un enfant pleurer, je ne « déduis » pas sa douleur par analogie avec la mienne. Je « ressens » sa douleur avec lui, par sympathie immédiate. Cette fusion des sentiments est expérience d'autrui comme sujet (Scheler).
Le regard du garçon de café : Chez Sartre, le client regarde le serveur. Ce regard transforme le serveur en « garçon de café » comme objet de perception. Le serveur est réduit à ce que le client voit : un homme en tablier qui apporte des consommations.
La danse à deux : Quand je danse avec quelqu'un, je ne suis pas seul face à un objet. Nous sommes en « intercorporéité » (Merleau-Ponty) : mon corps répond à son corps, nos mouvements s'harmonisent. Je peux « habiter » son corps, anticiper ses gestes. Cette communion de chairs est relation à autrui comme sujet.
L'hôpital de campagne : Pendant la guerre, le médecin soigne des soldats ennemis. Il ne voit pas des « Allemands » ou des « Français » mais des visages qui lui commandent « tu ne tueras point ». Sa responsabilité pour ces visages est infinie, antérieure à toute décision politique (Levinas).
La relation à autrui comme confrontation et objectivation (Sartre)
La liberté d'autrui limite ma liberté (enfer, c'est les autres)
L'amour comme relation à autrui
La reconnaissance d'autrui fonde la solidarité
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